Jean Jaubert

Jean Jaubert

L’intérêt de Jean Jaubert pour le monde sous-marin date du milieu des années cinquante. Il a pour origine une jeunesse passée à barboter dans les eaux cristallines des côtes sud de la Méditerranée Occidentale et à bricoler des aquariums d’eau de mer dans des cuves en verre moulé garnies de sable vivant et de roches vivantes.

En 1956, il vit le Monde du Silence (premier film en 35 mm du Commandant Jacques Cousteau) et cet intérêt se transforma en une véritable passion. Et 9 ans plus tard, alors qu’il effectuait un stage au Musée Océanographique de Monaco, il rencontra le fameux océanographe et tissa des liens d’amitiés avec des membres éminents de son équipe. Devenu biologiste marin (Docteur en océanographie biologique et Docteur ès Sciences) et plongeur expérimenté, Jean Jaubert pratiqua toutes les formes de plongée sous-marine.

En 1975, invité par la NOAA, la NASA et la marine américaine, il participa, à partir de l’habitat sous-marin HYDROLAB et le sous-marin Johnson Sealink, à une série de plongées profondes simulant des marches dans l’espace. A la même époque, il conçu et fabriqua des centrales d’acquisition de données étanches avec lesquelles il effectua des expérimentations in situ. Ces expérimentations lui permirent de découvrir d’importants aspects de la physiologie et de l’écophysiologie des coraux constructeurs de récifs. Cependant, cette activité sous-marine intensive ne lui fit pas perdre de vue l’importance de l’expérimentation ex situ.

En 1979, il inventa le procédé de purification écologique de l’eau (connu aujourd’hui sous les noms de MICROCEAN® et JAUBERT NNR SYSTEME) qui lui permit de devenir l’un des premiers scientifiques (peut-être le premier) capable d’élever des coraux constructeurs de récifs dans des aquariums en circuit fermé. Quelques années plus tard, l’un de ses modèles expérimentaux, un corail cloné du genre Stylophora devint un nouvel animal de laboratoire.

En 1989, il implanta, dans l’aquarium du Musée océanographique de Monaco, un récif de corail qui, avec 26 années de croissance ininterrompue, détient, aujourd’hui, le record mondial de longévité des récifs captifs.

En 1991, Professeur de biologie marine à l’Université de Nice, il fut chargé par le Conseil de l’Europe et la Principauté de Monaco, d’implanter, au sein du Centre Scientifique Monaco, l’Observatoire Océanologique Européen dont la mission consistait à étudier les causes de la dégradation généralisée des récifs coralliens et d’autres problèmes écologiques majeurs. Sous son impulsion, ce nouveau centre de recherches, installé à cette époque dans l’enceinte du Musée Océanographique de Monaco, réussit à atteindre rapidement un niveau international d’excellence étayé par une production scientifique de très grande qualité comprenant, notamment, des articles publiés dans les journaux et magazines de référence tels que Science, Nature et les Proceedings of the National Academy of Science (USA). Les découvertes majeures des équipes de Jean Jaubert furent multiples. Elles concernèrent l’importance de la contribution des coraux au maintient des grands équilibres de la biosphère et les conséquences délétères de l’accroissement des rejets de CO2 et du réchauffement du climat qui inhibent la calcification et, par voie de conséquence, risquent de provoquer la régression de nombreux récifs. Elles eurent, aussi, le mérite de démontrer que les prédictions catastrophiques relatives au développement d’une algue invasive, Caulerpa taxifolia indûment qualifiée de tueuse, étaient infondées.

En 1998, en utilisant le navire Golden Shadow et un hydravion prêtés par S.A.R. le Prince Khaled bin Sultan Bin Abdulaziz d’Arabie Saoudite, Jean Jaubert organisa une campagne de cartographie par télédétection aéroportée à très haute résolution qui permit d’établir les premières cartes exhaustives du terrible impact d’EL Niño sur les récifs coralliens de Polynésie Française.

En 2002, il quitta l’Université de Nice et l’Observatoire Océanologique Européen pour devenir Chief Scientist et Expedition leader de la Cousteau Society. Ce fut le début d’une nouvelle aventure.

En Novembre 2003, il parti pour la mer Rouge, à bord d’Alcyone, le fameux navire à turbovoiles de Commandant Cousteau. Ce fut un pèlerinage sur les trace de Calypso, au cours duquel son équipe filma les lieux de tournage des deux films mythiques : The Monde du Silence et le Monde sans Soleil, respectivement récipiendaires de la Palme d'or à Cannes et d’un Oscar à Hollywood.

En juin 2004, Jean Jaubert revint à Monaco en qualité de directeur général du Musée, un poste que le Commandant Cousteau avait occupé pendant 32 ans. L’objectif de cette démarche était de relancer, entre le Musée et la Cousteau Society, la coopération qui, à l’époque du Commandant, avait été tellement bénéfique pour les deux organisations.

En juillet 2005, Jean Jaubert accompagna S.A.S. le Prince Albert II de Monaco au Spitzberg, que le Prince Albert Ier, le fameux océanographe pionnier, avait exploré il y a un siècle. Pendant cette mission, il plongeât sous la banquise et récolta des mollusques bivalves centenaires contenant, fixées dans les anneaux de croissance de leurs coquilles, des substances d’une importance capitale pour la connaissance de l’impact du changement climatique et de la pollution dans l’Arctique.

Parmi les événements qui ont couronné la carrière de Jean Jaubert on peut citer : sa promotion au grade de Chevalier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur (sur proposition du Ministre de la Recherche, France), sa nomination en qualité de chevalier dans l’Ordre de Saint Charles (Principauté de Monaco) et la publication, par le fameux magazine américain Science, d’une biographie de 2 pages. Chercheur passionné, Jean Jaubert équipe, aujourd’hui, un modeste laboratoire privé afin de pouvoir poursuivre ses recherches.